La technologie de télédétection aide à combler le manque de données sur les eaux transfrontalières en Afrique

Posté le : 1 septembre 2022

Sachant qu’en Afrique, 90 % de l’eau douce se déverse dans 63 bassins hydrographiques partagés par plusieurs pays, la gestion des ressources hydriques du continent devrait, par définition, se faire dans le cadre d’efforts internationaux concertés. Il est essentiel de disposer de données fiables et régulières sur le volume et la qualité de l’eau pour garantir une gestion, une distribution et une utilisation équitables et efficaces des ressources en eau transfrontalières, pouvoir relever les grands défis du développement et réduire les conflits et les déplacements dans la région. Les décisions prises en matière de gestion des ressources en eau transfrontalières ont une incidence directe sur d’autres secteurs, tels que l’agriculture, l’énergie, l’environnement et l’urbanisme, qui ne peuvent opérer de manière optimale que si les politiques et pratiques adoptées favorisent une utilisation durable de l’eau. La croissance démographique rapide de l’Afrique, son expansion économique et le changement climatique sont autant de facteurs qui augmentent, par ailleurs, ses besoins en eau. Malheureusement, le manque de données fiables et complètes dans ces domaines entrave la gestion durable de cette ressource vitale.

Pour améliorer la gestion des ressources en eaux transfrontalières et renforcer la résilience face aux extrêmes hydrologiques, il est nécessaire de mieux comprendre la dynamique de ces ressources au niveau du bassin. Un tel objectif ne peut toutefois être atteint que si l’on dispose de données et d’observations solides qui prennent équitablement en compte les utilisateurs de ces ressources en amont et en aval. Ces derniers se regroupent souvent en organisations opérant au niveau du bassin et de la région afin d’être associés à la gestion des ressources en eau partagées. Ils ne disposent toutefois pas toujours de données suffisantes pour acquérir une vision globale de la complexité du réseau régional d’approvisionnement et d’utilisation de l’eau.

Un satellite parcourant l'Afrique de l'Est. Crédit Photo : Shutterstock/ Over White studio

Les réseaux de surveillance hydrométéorologique, qui sont des systèmes organisés de collecte d’informations sur le transfert d’eau et d’énergie entre la surface terrestre et la basse atmosphère, sont souvent peu étendus et ont un temps de latence élevé, ce qui ne facilite pas la prise de décision en temps réel. Les infrastructures de collecte de données et les capacités humaines nécessaires à la surveillance et à la prévision des risques sont généralement insuffisantes dans les régions qui ont le plus besoin d’informations fiables et régulières. Cela s’explique en grande partie par le manque persistant d’investissements dans la recherche, les infrastructures et la formation. Les responsables de la gestion de l’eau doivent disposer d’un meilleur accès aux données de télédétection pour combler le manque de données.

La télédétection spatiale produit des données ayant une vaste couverture géographique, de manière continue et fiable, qui peuvent être utiles à la gestion transfrontalière des ressources en eau. Ces données contribuent en effet à combler les lacunes en ce domaine et à améliorer la coopération internationale tout en réduisant les conflits et les obstacles systémiques au développement. Elles sont utilisées comme intrants par de nombreux outils analytiques, notamment pour la prévision des inondations, la surveillance de la qualité des eaux de surface, le suivi des détournements et des allocations d’eau, ainsi que la quantification du stockage de l’eau dans les réservoirs. Les données tirées d’images satellites sont intéressantes d’un point de vue technique, car les instruments requis ne changent pas d’un pays à l’autre, ce qui réduit les disparités technologiques qui caractérisent actuellement le continent africain. Ce type de données est par ailleurs neutre sur le plan politique ce qui permet d’assurer leur transparence et peut amenuiser les conséquences des obstacles sociopolitiques qu’érigent souvent les différences entre les réglementations nationales régissant le partage international des données. De nombreux outils gratuits ou peu coûteux facilitent la collecte, le stockage et l’analyse des données de télédétection. Les organismes de bassin fluvial et les organisations régionales, partout en Afrique, peuvent utiliser ces outils pour mieux guider la prise de décisions et renforcer le partage des données entre les pays riverains. De nombreux décideurs n’ont toutefois pas les capacités d’accéder à celles-ci et de les adapter pour obtenir des résultats à l’échelle requise.

Le programme de Coopération pour les eaux internationales en Afrique (CIWA) et la Banque mondiale ont apporté leur soutien à la Révolution des données sur l'eau pour pallier ces lacunes : le projet lancé pour combler le déficit de données sur les eaux transfrontalières en Afrique (Closing the Data Gap for Transboundary Water in Africa) met les outils de télédétection à la disposition des personnes chargées de la gestion de l’eau, et contribue à améliorer la capacité des organismes concernés à collecter, stocker et analyser les données qu’ils produisent. Ce projet suit une approche axée sur l’utilisateur en identifiant les besoins communs des utilisateurs finaux et en leur proposant des solutions appropriées, qu’il s’agisse d’outils de télédétection, d’images satellites ou de produits de données adaptés aux besoins des utilisateurs dans leur région.

Crédits Photo : Water Aid/ Basile Oueddraogo

Le projet, qui a permis d’évaluer 15 organismes de bassins fluviaux couvrant 37 pays africains, et 3 organisations régionales dont les activités s’étendent à l’ensemble du continent, visait à déterminer les besoins et les capacités des groupes d’utilisateurs. Il a fait apparaître les lacunes et les besoins prioritaires en matière de données, auxquels il serait possible de remédier grâce à la télédétection, des produits de données et des outils analytiques. Il a aussi fait ressortir les difficultés que pose l’adoption de plateformes utilisant des données de télédétection, les capacités nécessaires pour accroître l’utilisation des produits de données, et le type d’outils analytiques les plus utiles à ces organisations. Les résultats ont révélé que ces dernières souhaitaient surtout renforcer leurs capacités d’acquisition, de gestion et de stockage de séries de données de télédétection gratuites ou peu onéreuses, et utiliser des outils et des applications de données de télédétection pour l’analyse des données sur les inondations et les sècheresses. Cette évaluation a en outre exposé les difficultés que pouvait poser à ces organisations l’adoption de plateformes de données numériques, notamment en raison de l’insuffisance de leurs ressources financières, techniques et humaines.

Le projet s’appuiera sur les résultats de l’évaluation pour proposer des activités de renforcement des capacités adaptées aux besoins et aux objectifs spécifiques des diverses organisations qui utilisent des ressources pour leur permettre d’améliorer leur accès aux données de télédétection, aux produits de données et aux outils d’analyse ainsi qu’à leur utilisation, tout en tenant compte des obstacles qu’elles rencontrent lorsqu’elles utilisent les nouvelles plateformes de données numériques et s’y adaptent. Le projet Révolution des données sur l’eau aidera également ces organisations à adopter les technologies peu coûteuses nécessaires à la collecte, au stockage et à l’analyse des données, tout en favorisant leur utilisation durable dans le cadre d’ateliers et de sessions de renforcement des capacités.

Noosha Tayebi et Kelsey Reeves

 

Noosha Tayebi est spécialiste en gestion des ressources en eau pour la région Afrique de l’Est. Elle met à profit l’expérience acquise au cours de sa carrière à la Banque mondiale en matière d’opérations d’investissement et de services d’analyse et de conseil sur la gestion des ressources en eau, la télédétection et les systèmes d’information sur les données, les services hydrométéorologiques et la gestion des risques de catastrophes dans différentes régions. Elle dirige aujourd’hui une initiative sur les données numériques liées aux eaux transfrontalières menée par CIWA (Coopération pour les eaux internationales en Afrique) après avoir dirigé plusieurs initiatives similaires par le passé, notamment l’Initiative mondiale des données sur l’eau du Groupe de haut niveau sur l’eau. Avant de rejoindre la Banque, elle a travaillé comme scientifique sur les applications des données de télédétection pour la surveillance de l’Arctique canadien dans le contexte du changement climatique, au sein de Recherche et développement pour la défense Canada. Noosha est titulaire d’une licence en génie électrique et d’une maîtrise ès sciences Science et génie des systèmes de l’Université d’Ottawa (Canada).

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