Liens invisibles : renforcement de la résilience transfrontalière dans la Corne de l’Afrique

Posté le : 22 août 2022

Lodwar rural water supply scheme, Turkana County, Kenya. Photo Credit: Angelica Ospina Parada

On dit souvent qu’une image vaut mieux que de long discours. Cela est manifestement le cas dans les régions frontalières de la Corne de l’Afrique où les photos témoignent sans équivoque du rôle central de l’eau dans les efforts menés aux niveaux local et régional pour renforcer la résilience.

Les cartes et les systèmes d’information géographique (SIG) sont également essentiels pour comprendre la valeur de ressources « invisibles » telles que les eaux souterraines, auxquelles les experts internationaux de l’eau accorderont une place de premier plan lors des discussions qu’ils tiendront lors de la prochaine Semaine mondiale de l’eau à Stockholm (Suède).

La Corne de l’Afrique se caractérise par de nombreuses interconnexions, en particulier dans les régions frontalières. Les eaux souterraines, de même que les déplacements transfrontaliers des éleveurs, les réseaux et les échanges commerciaux, illustrent parfaitement les liens invisibles qui unissent ces pays. Onze aquifères transfrontaliers ont été recensés dans la région ; les personnes déplacées et les camps de réfugiés sont souvent situés dans ces zones, qui sont aussi les principales routes de commerce du bétail. Divers groupes de coopération transfrontalière pour le développement, dirigés par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) (figure 1), travaillent par ailleurs dans des régions desservies par plusieurs aquifères transfrontaliers, ce qui met en évidence les liens entre les ressources en eau, la fragilité et la résilience des moyens de subsistance dans les régions transfrontalières.

Figure 1. Correspondance entre les zones desservies par les aquifères transfrontaliers de la Corne de l’Afrique, les sites des camps de réfugiés et les centres de personnes déplacées, les routes empruntées pour le commerce du bétail et les régions couvertes par les groupes de l’IGAD. Sources : IGRAC/TWAP 2015, IGRAC/TWAP 2015 ; HCR, 2021 ; Chatham House 2010 ; IGAD, 2020.. Coincidences in the location of TBAs in the HoA, refugee camps and IDP Centers, livestock trading routes and IGAD Clusters. Sources: IGRAC/TWAP 2015, IGRAC/TWAP 2015; UNHCR, 2021; Chatham House 2010; IGAD, 2020.

Comment les professionnels du développement peuvent-ils relever plus efficacement les défis sans précédent posés par le renforcement de la résilience dans des contextes complexes ?

S’il est difficile de répondre à cette question, il est néanmoins essentiel de renforcer les efforts d’intégration régionale, en particulier pour promouvoir une coopération et une gestion concertée des ressources en eaux souterraines. Les phénomènes de sécheresse extrême enregistrés dans la région ces dernières années, comme récemment en Somalie, montrent qu’il est plus urgent que jamais d’agir sur ce front.

Maintenant que les pays du monde entier intensifient leurs efforts pour reconstruire et relancer leurs économies post-COVID, il est impératif de replacer leur action dans une perspective régionale de plus vaste portée et de promouvoir la coopération régionale pour exploiter pleinement les solutions de développement, en particulier dans les régions transfrontalières fragiles. Dans une région comme la Corne de l’Afrique, ces dernières se caractérisent par leur marginalisation, les conflits et la fragilité, qui résultent souvent de multiples crises et facteurs de stress concomitants, comme la récente « triple menace » du changement climatique, du criquet pèlerin et de la pandémie de COVID-19.

Il peut être crucial de déterminer les solutions mutuellement bénéfiques dont les effets se font sentir au-delà des frontières pour reconstruire en mieux et de manière durable.

Une évaluation du portefeuille de projets de la Banque mondiale visant à accroître la résilience dans la Corne de l’Afrique, réalisée avec le soutien du programme de Coopération pour les eaux internationales en Afrique (CIWA), révèle que la gestion des multiples crises et déficits passe à la fois par des solutions régionales et des actions géographiquement ciblées. En d’autres termes, il est nécessaire, pour renforcer la résilience, de coordonner les interventions à différentes échelles, en associant les parties prenantes aux niveaux communautaire, infranational, national et régional.

Il est impératif de concevoir une action à des échelles différentes pour faire face aux problèmes de plus en plus graves posés par le changement climatique, et de continuer de promouvoir et mettre en relief le rôle des eaux souterraines dans les contextes fragiles.

Les projets RPLRP (projet régional de renforcement de la résilience des moyens de subsistance des communautés pastorales), DRDIP (projet d’aide au développement en réponse aux conséquences des déplacements de population) et le Projet de coopération à l’échelle du bassin pour la résilience climatique du Nil, montrent qu’il est essentiel de mettre en place des partenariats efficaces et d’offrir des incitations politiques, de préférence conjointement, pour assurer la coopération et renforcer la résilience dans la Corne de l’Afrique. Ils indiquent également que les efforts de renforcement de la résilience doivent principalement viser les facteurs de fragilité, de conflit et de violence.

Ces concepts sont présentés dans un nouveau cadre conceptuel intitulé Cadre de résilience transfrontalière (figure 2), qui a été conçu à partir des connaissances et de l’expérience tirées des projets de la Banque mondiale afin d’améliorer l’élaboration d’initiatives visant à renforcer la résilience transfrontalière dans une perspective d’intégration multisectorielle.

Ce cadre a deux composantes principales :

Figure 2. Cadre de résilience transfrontalière

Facteurs de résilience : cibles prioritaires du projet pour le renforcement de la résilience transfrontalière. Ils correspondent aux principaux domaines thématiques couverts par les activités du projet :

  • Moyens de subsistance, marchés et échanges
  • Ressources naturelles
  • Cohésion sociale
  • Institutions et gouvernance
  • Gestion du risque et des catastrophes
  • Infrastructure

Source : Ospina, A.V., De Nys, E. 2022. « Invisible Bonds: Transboundary Resilience Building in the Horn of Africa—Lessons from World Bank Regional Projects and Advisory Services and Analytics. ». Banque mondiale, Washington.

Pour assurer la résilience transfrontalière, il est nécessaire de disposer de solides capacités nationales et de plateformes régionales robustes, et aussi d’avoir une bonne stratégie en faveur de la parité femmes-hommes et de l’inclusion sociale. D’importants efforts de coordination ont été entrepris au niveau régional, notamment l’Initiative pour la Corne de l’Afrique et le dispositif régional de l’IGAD sur la résilience à la sécheresse et la viabilité.

  • L’Initiative pour la Corne de l’Afrique a été lancée dans le but de renforcer l’intégration régionale et la coordination entre les pays de la région. Cette Initiative, à laquelle participent Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan et le Soudan du Sud, et qui bénéficie du soutien de la Banque africaine de développement (BAfD), de l’Union européenne (UE) et du Groupe de la Banque mondiale, accorde une place plus importante au volet de la résilience ; selon les estimations, il faudra 1,3 milliard de dollars pour lutter contre la fragilité et les chocs climatiques.
  • Le Dispositif régional sur la résilience à la sécheresse et la viabilité de l’IGAD est un plan général et complet visant à renforcer la résilience des communautés vulnérables aux effets de sécheresses récurrentes et à promouvoir la croissance et le développement durable. Ce Dispositif, qui a très largement recours à la coopération transfrontalière, complète l’action menée par l’IGAD pour promouvoir et faciliter la collaboration régionale.

The future of transboundary resilience, particularly around shared resources such as groundwater, depends largely on the potential capacity of relevant institutions to act effectively across scales, and their ability to enhance regional integration efforts. Going forward, fostering stakeholder dialogue, embedding trust, and building relationships underpinned by equitable information and knowledge sharing, will be pivotal for the Horn of Africa to build back greener and develop resilient development pathways.

Ne manquez pas le prochain article sur le rôle joué par le cadre de résilience transfrontalière dans la mise en place du Programme régional sur la mise en valeur des eaux souterraines pour la résilience de la Corne de l’Afrique (GW4R), qui vient d’être approuvé et auquel participent la Somalie, l’Éthiopie, le Kenya et l’IGAD.

Auteurs :

Angelica Valeria Ospina, Senior Climate Change Consultant (ETC), based in Washington DC.

Angelica is a Colombian-Canadian national who joined the Bank in 2019 as an STC, working on resilience building and groundwater in the Horn of Africa’s borderlands. Since joining the Bank she has been a core member of the Next Generation Africa Climate Business Plan (NG-ACBP), Angola’s CCDR, and the HoA Groundwater for Resilience Program, and has authored various WB knowledge products and an interactive online tool aimed at strengthening climate resilience design and implementation. Her experience includes research and project management positions with international NGOs and research Centers in Canada, the U.S and the U.K. She has a PhD in Development Policy and Management from the University of Manchester, UK, and a Master’s degree in International Political Economy from Carleton University, Canada.

Erwin De Nys, Former CIWA Manager

Erwin De Nys is Practice Manager of the World Bank’s Climate Change Fund Management Unit, which mobilizes climate finance through trust funds that deliver innovative, scalable climate and environmental action. Since joining the Bank in 2005, he has been involved in several investment projects and studies at the juncture of water resources management, agriculture and rural development, and climate change adaption in the South-Asia and the Latin America and Caribbean regions. He earned a PhD in Bioscience Engineering from KU Leuven University, and two master degrees in Water Resources Management (Institut des Régions Chaudes, Montpellier) and in Tropical Agricultural Development (KU Leuven University).

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